Andreas Unterweger

Le livre jaune

En langue originale : Das gelbe Buch (Droschl 2015)
Traduit par : Laurent Cassagnau
Année de parution : Mai 2019
Edition : Editions Lanskine
Commander: 20 Euro

 

 

Résumé:

Dans une maison jaune isolée au milieu de champs jaunes vivent sept jeunes garçons avec leur grand-père et un chat. Cette solitude n’est interrompue que par les visites d’un «homme des bois» et la construction d’un bâtiment qui met les enfants en présence de nouveaux voisins. Cette vie idyllique, faite de baignades dans la rivière et de jeux d’Indiens, cache des failles. Celles-ci ne sont pas tant provoquées par la réalité elle-même que par l’expérience, renouvelée de chapitre en chapitre, de la distance qui sépare les mots et les choses, l’être et le paraître, le monde des adultes et celui des enfants. Les personnages sont sans cesse confrontés à des situations et des phénomènes pour lesquels ils cherchent des mots adéquats. Inversement, les noms et les mots qu’ils rencontrent sont interrogés quant à leur sens et réalité.

Avec humour, ironie et poésie, Andreas Unterweger adopte le point de vue de l’enfance, mais d’une enfance de second degré, qui pose au monde des questions d’adulte avec la logique de l’enfance, à moins que ce ne soit l’inverse.

Extrait:

« Castor »

 

Cet été-là, il travailla dur à devenir un vrai castor.

 

Matin après matin, alors que nous, les autres garçons, nous dormions encore, il courait à la rivière qui coulait à travers le jardin de la maison jaune, se débarrassait de son pyjama, sautait, dans l’eau qui, selon le temps, était verte comme la couronne des arbres ou rouge comme l’aurore, et, sa petite tête dressée vers le haut, les incisives sorties – comme un vrai castor ! –, remontait le fleuve.

Matin après matin, il plongeait ainsi, nu, la tête la première, dans l’eau, matin après matin il apparaissait – les cheveux mouillés collés sur la tête, la tête dressée – au petit déjeuner. Rien d’étonnant à ce que tout le monde – ou nous du moins (mais cet été-là nous étions tout le monde) ne l’appelât plus cet été-là que « Castor ».

 

Mais bien sûr ça ne pouvait pas continuer comme ça, nu, mouillé et chaque matin de l’été, du moins pas toujours : comme chaque fois, cette fois-ci l’été fut également suivi de l’automne. Bientôt, matin après matin, la rivière se fit jaune, jaune comme la maison jaune, dans la brume du matin, bientôt des tapis de feuilles jaunes descendirent la rivière grise comme la brume du matin.

 

Bien sûr, plus personne à présent, même pas lui, n’allait se baigner le matin – et, bien sûr, non seulement ça mais aussi tout le reste fut soudain tout à fait différent. A présent, il dormait plus longtemps que nous, il laissait pendre sa tête quand il arrivait trop tard au petit déjeuner, les cheveux lui pendaient sur le visage, à lui, pas à nous. C’est vrai, à présent il avait complètement changé.

Et ce n’est plus qu’à cause de ses dents que tout le monde (que nous étions alors, comme en été) l’appelait : « Castor ».

 

(Le chapître „Castor“ a été publié aussi dans „La barque sur l´arbre 2„, 2018)

 

Lecture:

25 mai 2019, Nuit de la littérature
Alley Concept Lifestyle, 4 rue Androuet, 75018 Paris
Lecture: Paul Tchkarian
Discussion: Paul de Brancion, Laurent Cassagnau, Andreas Unterweger
Rencontre à 18h, 19h, 20h, 21h et 22h